Paris- Hôpital Saint Louis.

« C’est un problème organisationnel. Faut avoir envie. Si tu as envie c’est déjà difficile. Quand tu n’as plus envie, c’est très difficile […] Pendant une longue période je n’ai pas eu l’impression de travailler. Toute ma formation, je n’ai jamais eu l’impression d’aller au boulot. Mais maintenant j’ai l’impression de le payer. J’ai l’impression vraiment d’aller au boulot. Je travaille pour vivre. Si j’avais un héritage ou je gagnais au loto, je m’arrêterais du jour au lendemain. Je ne travaille plus par passion. »

Édifiant documentaire de Jérôme Le Maire où nous découvrons des anesthésistes-réanimateurs qui craquent, des chirurgiens désabusés, d’autres excédés.

Quid de l’hôpital aujourd’hui ? Quid d’un lieu qui soigne et engendre des maladies auprès de ces mêmes soignants ?

Un mot-clé : la pression.

Des choix financiers qui marchent sur la tête, pâle reflet d’un monde où le stress et la peur sont rois, et détériorent les conditions d’exercices de nos médecins ce qui par un retentissement systémique se répercute sur la santé des patients.

Les médecins s’interrogent sur la qualité de vie au travail, sur le sens et l’essence de leurs métiers. Les émotions se lisent sur les visages, des larmes parfois, des préoccupations vitales surgissent :

« J’ai pensé à m’en aller… »

Dysfonctionnement organisationnel, pénibilité, tensions majeures liées à de mauvaises relations interpersonnelles allant parfois jusqu’à certaines « incivilités », incompréhensions qui aboutissent à des clash et ruptures, baisse des effectifs des médecins… la liste est longue !

L’épuisement conduit à des burn-out, des arrêts maladie, des départs (7 départs, 14 arrêts de travail, entend-on…) : nos médecins tombent malades.

Des réunions sont organisées avec la directrice de l’hôpital. Un audit est proposé… Les médecins affligés supportent. Dubitatifs et consternés, ils constatent l’absence de considération de la part de leurs dirigeants… Leur manque d’efficacité.

« Une politique d’écoute ne suffit plus, il nous faut une politique d’action » martèlera une anesthésiste en réunion de staff.

Conclusion : le prix à payer d’un hôpital aux enjeux financiers prioritaires et sans moyens est un prix humain.

De surcroît, un professeur renommé nous explique:

« Avec l’organisation actuelle, on fait la moitié de notre travail, on ne fait plus d’enseignement. Comme on a trop peu de salles d’opérations, on ne fait même pas de staff de discussion. »

Les médecins s’organisent et décident de créer une boîte à idées (souvenir d’enfance…) où chacun et tous – soit aussi le personnel qui entoure ces médecins : infirmières, aides-soignantes, personnel d’entretien qui ne fait d’ailleurs jamais parti des réunions, or il me semble qu’un chirurgien sans infirmière n’est plus un chirurgien, une boîte donc où tous peuvent déposer et réflexions et questions.

Simple.

La boîte à idées a réuni, a produit un brainstorming constructif et surtout l’apparition de sourires ci et là, expression d’une cohésion, d’un « faire » efficace.

D’éloquents sujets de coaching tant dans le traitement de la communication entre les membres de l’hôpital, que dans celui de l’organisation et de l’intelligence collective à mettre en œuvre, sans compter sur l’évaluation et la prévention des risques psycho-sociaux dont nous voyons ici un désastreux portait.

Au fait…nous raconte un médecin :

« Vous connaissez la différence entre Dieu et un chirurgien ? Dieu ne se prend jamais pour un chirurgien ».

À voir et à revoir sur Arte + Dans le ventre de l’hôpital.

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