C’est le titre de la conférence organisée par radio Notre-Dame dont voici ses intervenants : Karima Berger écrivain auteure de plusieurs essais et romans autour de la spiritualité ; Gemma Serrano, co-directeur du département « Sociétés humaines et responsabilité éducative » et professeure de théologie à la Faculté Notre-Dame ; Jean-Michel Hirt, psychanalyste et professeur des universités.

Qu’est-ce que le renoncement ? Pourquoi choisir de renoncer ? Quel engagement cela suppose-t-il ?

Qu’en dit la psychanalyse ?

« Pour Freud, nous dit Jean-Michel Hirt, c’est d’abord une expérience très sensible qui lui arrive en 1914 dans une église à Rome. Freud est confronté au Moïse de Michel Ange, et c’est un choc. C’est un choc dont il ne va pas se remettre. Il va revenir tous les jours pour voir cette statue. Il va écrire un article, d’abord un article anonyme, c’est vous dire combien il y a eu ébranlement… et en 1924 il va revendiquer cet enfant illégitime, comme il le dira lui-même, de la psychanalyse. Qu’est-ce qui s’est passé ? En face de cette statue, Freud a eu une « illumination » dans le sens où il a saisi que la posture que Michel Ange avait donnée à sa statue, n’est pas la posture d’un Moïse qui va casser les Tables de la Loi, mais au contraire un Moïse qui contient sa fureur, sa violence […] cette puissance est contenue […] c’est le passage d’un Moïse pulsionnel à un Moïse spirituel. Et c’est ça la question pour un psychanalyste : comment faire avec sa violence ? Comment pouvoir remanier la pulsion ? Il ne s’agit pas de réprimer la pulsion parce qu’on la retournerait contre soi et l’on se ferait mal et on finirait par faire mal aux autres. Quand on remanie une pulsion, on est capable d’accompagner le mouvement pulsionnel mais non pas vers l’objet pour le posséder, voire le détruire, mais au contraire pour aller dans une autre direction, autrement dit la force est mise au service d’autre chose et on passe à une dimension spirituelle, alors que l’on était enfermé dans une dimension psychique et réelle. »

C’est ici que sont posées les questions du choix, de la liberté, du désir, du renoncement à certaines pulsions.

Savoir dire non pour apprendre à se dire oui ?

Vaste programme, que je travaille souvent dans mes séances de coaching auprès de mes coachés.

Après les années 68, les années 80, le jouir sans entrave, nous voici donc au début du XXIème siècle dans une confusion des plus totale où certains d’entre nous s’interrogent sur nos limites, sur notre désir à renoncer ? Serait-ce une nouvelle injonction ? Un nouveau mot d’ordre ? Un nouvel ordre auquel nous devrions nous plier ? La société tendrait-elle à une nouvelle homéostasie ?

Qu’en est-il individuellement ? Comment renoncer aux fréquents asservissements professionnels et /ou personnels ? Comment résister à nos rythmes frénétiques, à nos expositions multiples et « médiatiques » sur les réseaux sociaux, comment gérer ses désirs, sa libido, son narcissisme exacerbé ? À force d’avoir tant de choix, n’aurais-je finalement plus de choix ? Choisir un homme, une femme c’est renoncer aux femmes, aux hommes et d’abord à ses parents.

Autant de questions qui nous traversent coach et coaché(e) s au long court de nos entretiens. Quelle transformation cela suppose-t-il ? Détruire ou construire ?

« Le processus psychique du renoncement amène à ce que l’individu accède à une autre dimension de sa vie qui n’est pas simplement et psychique et matérielle et c’est là qu’on s’aperçoit qu’il y a une ouverture grâce au renoncement vers le spirituelle entendu au sens le plus large […] » nous explique Jean-Michel Hirt.

Le renoncement ne serait pas une privation ou une diminution mais une transformation vers plus de justesse dans nos vies, vers une dimension autre de nos êtres qui est déjà là mais qu’il faudrait éclairer ?

La question offre de multiples réponses, chacune individuelle, renseignée pas nos échanges et nourrie par, ici nos lectures, là notre écoute du monde à l’exemple de cette passionnante conférence sur France Culture.

Bonne écoute!

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