Marcus Rediker, professeur à l’Université de Pittsburg, publie ces jours-ci « Les hors-la-loi de l’Atlantique, pirates, mutins et flibustiers ». L’auteur y relate les voyages de ces marins singuliers qui permirent l’expansion du capitalisme en reliant les continents entre eux pendant les 17, 18 et 19 ème siècles.

La mer est le personnage principal de tous ses ouvrages. La mer objet d’histoire, espace maritime où vivent et naviguent des milliers d’hommes et quelques femmes (pour info, les marins pensaient que les femmes portaient malheur à bord mais vous découvrirez dans ce livre, les biographies de deux femmes pirates – les plus connues à la fin des années 1720- Anne Bonny et Marie Read. Passionnant !)

L’auteur combat le « terra centrisme » et présente la mer comme un territoire à part entière où de nombreuses flottes naviguent et représentent par leur organisation un véritable « laboratoire de la modernité ».

Ces hors-la-loi organisent sur leurs navires des villes entières pour parcourir le monde.

Marcus Rediker nous raconte la vie de ces marins pirates, véritables acteurs de l’histoire maritime et au-delà de celle de nos états. Or, comme nous l’explique Marcus Rediker :

«  Les marins, les Africains esclaves n’ont évidemment pas laissé de documents. Nous devons être très créatifs pour interpréter les documents produits par l’élite, pour comprendre la signification sous-jacente de l’histoire. »

L’historien s’est ainsi plongé non seulement dans la transcription des procès dont ces marins-pirates furent l’objet mais aussi dans des archives juridiques comme des mémoires et des archives d’assurances qu’il faut donc lire « en creux pour essayer de retrouver cette histoire perdue de ces gens qui hissaient les voiles et dont le point de vue et les rôles sont fort importants. »

Mais comment devient-on pirate ?

Marcus Rediker :

«  En préambule, il faut savoir que le pouvoir du capitaine est un pouvoir extrêmement fragile. L’autorité est très loin, le capitaine est tout seul face à son équipage parfois très nombreux. Et les mutineries n’étaient pas rares. (…) Mais qui sont ces pirates et pourquoi ont-ils pris la décision de risquer l’exécution et de hisser le pavillon noir ? Il s’agissait pour la plupart d’ouvriers pauvres avec de touts petits salaires, mal alimentés et faisant l’objet d’une discipline extrêmement violente. Ce sont ces éléments-là qui ont poussé ces marins à s’opposer au capitaine et à prendre le commandement de leur navire. Le plus fascinant, c’est que ces gens-là organisaient les choses différemment à bord. Leur façon de voir les choses était plus démocratique, plus égalitaire.»

Les pirates inventeront un nouvel ordre social, une autre organisation, différents de ceux de leurs nations. Mais accoster les rivages n’était pas sans risque. Dans chaque port, il leur fallait se battre pour se défendre face à l’ordre établi. Pour l’historien ces quelques années en mer leur permettaient de vivre librement et dans de meilleures conditions que sous le joug de leur capitaine :

« Nous devons respecter cela. C’était une lutte pour la liberté qui était ô combien honorable. »

A la rentrée prochaine, Marcus Ridker publiera un livre sur un abolitionniste révolutionnaire nain, Benjamin Lay. Quaker, végétarien, défenseur du droit des animaux, il fut un véritable pionnier au début du 18ème siècle !

 

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